A quelques mois de l’élection présidentielle, cette rentrée est marquée par l’entrée en campagne de nombreux candidats, issus de tous les horizons politiques. Phénomène renforcé par le contexte sanitaire encore teinté d’incertitudes, le numérique va être au cœur des dispositifs déployés par les candidats et leurs partis, à commencer par l’hébergement de leurs sites de campagne.

Alors que la digitalisation de nos sociétés et de nos économies s’est fortement accélérée sous le coup de la crise sanitaire, on a vu au cours des derniers mois une formidable prise de conscience, politique et citoyenne, sur les enjeux de souveraineté numérique, à l’échelle nationale comme européenne.

En effet,  on le sait, l’économie numérique et les marchés du cloud qui la sous-tendent sont massivement concentrés autour d’une poignée de grands acteurs, américains et chinois. Ainsi,  les six à sept acteurs dominants pèsent pour plus de 75% des parts de marché. Dans une publication plus tôt cette année,  la Commission européenne estimait d’ailleurs que “aujourd'hui, les données produites en Europe sont généralement stockées et traitées à l’extérieur de ses frontières, où se déroulent également les opérations d’extraction de valeur”.

Malheureusement, l’accélération de l’adoption du cloud en Europe n’est pour l’instant pas synonyme de rééquilibrage des rapports de force sur ces marchés, bien au contraire : les quelques géants du numérique, déjà ultra-dominants, renforcent encore leurs positions oligopolistiques - tirant plein profit des effets de réseaux, dynamiques qui caractérisent nos économies du numérique.

Les données que les utilisateurs européens confient à ces géants, où qu’elles soient localisées, se trouvent de facto soumises à des législations non-Européennes, à portée extraterritoriale. Or, de telles législations peuvent allègrement porter atteinte à l’intégrité et à la confidentialité des données des Européens, puisqu’elles n’assurent pas un niveau de protection équivalent au cadre réglementaire développé sur notre continent en matière numérique, en ligne avec nos valeurs humanistes.

Dans un contexte si adverse, nous appelons les différents candidats aspirant à la Présidence de la République à se mobiliser dès à présent sur cette question: non pas à travers des grands discours ou un programme riche en mesures ambitieuses, mais de façon très pragmatique, en montrant concrètement l’exemple en matière de souveraineté numérique.

Mesdames et Messieurs les candidats, nous vous appelons tout simplement à héberger votre site de campagne et les données liées chez des acteurs locaux, exclusivement soumis au droit européen, le plus protecteur de tous en matière numérique. Ce serait un formidable coup de projecteur sur l'écosystème tech français, qui est aujourd’hui largement en mesure de proposer des solutions satisfaisantes, compétitives, sécurisées et pratiques pour de tels besoins. Ce serait aussi un moyen vertueux et concret d’encourager des acteurs qui paient leurs impôts en France, investissent et créent de l’emploi sur le territoire national, tout en comptant parmi les plus vertueux en matière environnementale. Sans compter l’effet d’entraînement positif d’une telle démarche, vu la visibilité dont disposent ces candidats.

En somme Mesdames et Messieurs les candidats, ce serait un petit pas pour votre webmaster, mais un grand pas pour la France et notre souveraineté numérique.

Alors, chiche?

Mise à jour du 16 septembre 2021: Quentin Adam, CEO de Clever Cloud se joint à moi pour inviter les candidats à être exemplaires dans le cadre de leurs campagnes respectives.