Le monde traverse actuellement une période incertaine mais forte en enseignements. Alors qu'une pandémie frappe massivement notre espèce, c’est la technologie qui nous permet de répondre à l’impérieux besoin de rester connectés les uns aux autres, en dépit de la distance. Plus que jamais nous nous reposons sur Internet et donc, naturellement, sur le cloud. Le COVID-19 a tenté de nous retirer ce qui fait de nous des êtres humains : notre capacité à créer des liens sociaux et créer de la valeur. Mais nous sommes plus forts que cela, et même très résilients, car nous sommes plus que jamais interconnectés les uns aux autres. Ce besoin fondamental définit notre espèce.

Internet, par sa structure en réseau, a permis à cette interconnexion de croitre, et de devenir plus forte, plus résistante pendant la crise. C’est dans la nature même du réseau qui a été conçu dès l’origine, à des fins militaires, pour permettre la continuité de circulation des informations et leur sauvegarde sur des sites de secours, en cas de perte d'une base de commandement stratégique. On peut remercier la DARPA de nous avoir « donné » l’internet, ce moyen de communiquer des informations librement en les distribuant. On peut également remercier Tim Berners Lee qui, lui, nous a offert le World Wide Web.

D’une certaine manière, le multilatéralisme politique et commercial crée un maillage similaire, pour la distribution mondiale des commodités et des biens, avec des marchés libres et le transfert des bénéfices aux consommateurs finaux. Malheureusement, le multilatéralisme tout comme Internet sont actuellement soumis à une pression et à un stress énorme, les forces géopolitiques tirant chacune la couverture à soi. Qu’on l’appelle nationalisme, protectionnisme, lobbying, monopoles déguisés, dumping... toutes les forces en jeu attaquent la neutralité d’Internet. Plus récemment, ces forces se sont mises à assaillir la proposition de valeur du cloud sous-jacent, afin d’en capturer un actif à la valeur exponentielle : les données.

Or une des particularités des données est qu’elles ne sont pas fongibles, contrairement aux devises, au pétrole ou à l'or. Bien au contraire. Même anonymisées, elles restent un actif descriptif et nominatif.

Loi de puissance et effets de réseau

Pourquoi ces données, nos données, sont-elles en jeu ? Parce que la proposition de valeur du cloud répond à une exigence de base : l’économie d’échelle. La principale promesse du cloud est en effet l'élasticité, la capacité à déplacer un curseur virtuel pour que l'infrastructure s'adapte, à tout moment, aux besoins de l'entreprise. Malheureusement, étant donné la quantité de capitaux requis pour déployer une infrastructure de cloud public adaptée, avec les logiciels associés, les fournisseurs de cloud dominants (qui étaient déjà des « large cap » quotées en bourse) ont rapidement compris les avantages des effets de réseau et l’intérêt de coopter la communauté des développeurs.
Et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, les développeurs du monde entier ont cultivé une sorte de religion pour certaines technologies, bornant ainsi les talents à un petit nombre de plateformes élues.

Certes, les standards et solutions open source atténuent cette situation, par vagues successives, mais sur un temps plus long. Nous avons déjà assisté à ce phénomène avec la guerre des systèmes d'exploitation, la guerre des navigateurs... le même scénario se produit avec les fournisseurs de cloud.

Aujourd’hui, nous en sommes arrivés au point où 90 % de la valeur est captée par moins de 10 % des acteurs, et où les Européens ne fournissent qu'environ 10 % de la demande, passant ainsi à côté d’un marché annuel de 300 milliards de dollars avec une croissance à deux chiffres !

Nous parlons tous de souveraineté, mais nous devrions plutôt parler de "manque de souveraineté" européenne et de notre incapacité relative à participer à l’élaboration de l’infrastructure cloud de demain.


Protéger les valeurs fondamentales de l'Europe

L'Europe est un endroit où il fait bon vivre. La diversité culturelle assise sur un socle d’Histoire multimillénaire. L'endroit idéal pour trouver l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, pour élever des enfants. Lieu aussi d’une histoire commune bâtie sur des guerres dévastatrices et des tragédies humaines.

Notre pensée n'a pas été modelée par le Bien et le Mal, mais par la combinaison de nos diversités. Et nous avons profité de plus de 70 ans de paix et de relative prospérité, ce qui reste sans précédent.

Il y a des siècles, l’Europe a donné au monde la démocratie et les Lumières. Pourtant, aujourd'hui, malgré des tendances qui semblaient encourageantes, l'Europe est à la traîne en matière de technologie et d'innovation. Deux autres continents sont en tête de la course, ils avancent à grande échelle et à grande vitesse. Alors que tous deux se livrent à des pratiques protectionnistes conçues pour leur assurer l’avantage, nos propres instincts d’achat européen restent largement inexistants. Cette configuration fait aujourd’hui de l'Europe leur champ de bataille idéal pour conquérir des parts de marché et, plus important avec le cloud, pour contrôler le traitement, le stockage des données ainsi que leur valeur dérivée exponentielle.

La Renaissance a rééquilibré la place des Sciences, des Arts et des Institutions. Un nouveau défi s’annonce, que l’UE a commencé à relever sous l’angle de la réglementation (malheureusement), avec le RGPD notamment. Les plateformes du monde entier en ont pris note, et les consommateurs en récoltent maintenant les bénéfices, améliorant dans une certaine mesure leur souveraineté individuelle. Mais cela a-t-il aidé notre économie numérique locale ? Au contraire, une régulation forte favorise souvent les acteurs qui ont les moyens de s’y soumettre, ce qui accentue encore plus l’écart avec les challengers.

Face à ce défi, nous pouvons choisir de rester inactifs, ou nous pouvons redéfinir une nouvelle manière de protéger nos valeurs européennes fondamentales, en présentant une troisième option, différente et complémentaire du modèle "moi d'abord" proposé par les autres continents.

Pour mettre en application les valeurs fondamentales de l’Europe, nous devons nous emparer d’une Renaissance 2.0 et redéfinir la façon dont nous voulons que la technologie façonne notre avenir, en décidant collectivement de remodeler la manière dont la technologie nous sert.

Le courage politique et le paradoxe de la souveraineté des données

Une réflexion complexe chère à Edgar Morin est nécessaire pour faire évoluer la situation actuelle. Cela a beaucoup à voir avec la façon dont les acheteurs abordent le problème, ce n’est plus un problème technique.

Les choix passés peuvent être justifiés. Les choix qui sont faits aujourd'hui doivent être éclairés et donc revus au fur et à mesure de l'évolution des choses. Les politiciens ont du mal à admettre que les décisions précédentes sont dépassées par les nouvelles réalités. Admettre et expliquer que les choses ne sont pas là où elles devraient être demande beaucoup de courage et de pédagogie. C'est une tâche redoutable qui nécessite à la fois du leadership, de l'autorité... et un consensus.

En parallèle, ces mêmes politiciens doivent se défendre contre la démagogie, la pensée simpliste, les gros titres et les parties prenantes frustrées... une entreprise bien compliquée.

Faire avancer la souveraineté des données devrait être notre seule obsession. Reconnaître l’éléphant dans la pièce — rien de mal avec un petit paradoxe ­— et se concentrer sur l’objectif majeur.


La nouvelle donne : un acte de rééquilibrage

Aujourd'hui, le cloud computing et les éléments de stockage sont une commodité. Il existe de subtiles variations, mais dans l'ensemble, ils sont tous interchangeables — théoriquement.

Il n'est donc pas inimaginable de penser que les acteurs du cloud européens soient capables de fournir au moins un tiers de la demande européenne. Il n'est pas nécessaire que ce soit binaire. Commençons par améliorer le ratio ; ensuite nous pourrons penser à la souveraineté. Si nous sommes ambitieux, il n'y a pas non plus de raison que nous ne nous efforcions pas de répondre à un tiers de la demande en Amérique, en Afrique et en Asie.

Pour parvenir à ce rééquilibrage, Scaleway estime que la réponse réside dans une approche multicloud axée sur la demande, qui donne aux intégrateurs et aux clients la possibilité de se déployer facilement sur n'importe quel service cloud, quel qu’en soit le fournisseur. L'approche monocloud nous a donné des machines virtuelles et de l'élasticité avec une limite très claire. L'approche multicloud promet des architectures virtuelles entièrement distribuables, à un niveau d'abstraction plus élevé.

Au curseur nous permettant d’ajuster la quantité de ressources, nous en ajoutons maintenant un nouveau, permettant de maintenir un équilibre entre différents fournisseurs.

L'approche multicloud permet aux fournisseurs de SaaS, et à tout client du cloud, de contrôler les coûts (dynamique des prix et achat au comptant), de résister aux fluctuations géopolitiques ou aux crises planétaires (équilibrage des charges ou changement radical) et de procéder à un approvisionnement dynamique en fonction des besoins de ses clients finaux (en utilisant la bonne combinaison de cloud, hébergés dans des datacenters neutres en carbone...). Les possibilités sont infinies et le contrôle est primordial.

Pour y parvenir, nous avons, les premiers, développé toute une gamme de produits multicloud de pointe, tels que notre répartiteur de charge multicloud, un service de kubernetes managé ou le stockage compatible S3. Nous facilitons également la conception et le déploiement de Terraform pour les architectes cloud. Un niveau d’abstraction plus élevé, connu sous le nom d’Infrastructure as code. Le multicloud est aujourd’hui bien là. C’est le sens de l’histoire et un levier de rééquilibrage.

Un nouvel espoir...

Il se passe beaucoup de choses en ce moment. L'initiative franco-germanique GAIA-X vient d'être lancée dans le but d'ouvrir la voie à une infrastructure européenne commune pour les données. Nous joignons nos forces avec celles de nos collègues chez OVHcloud, chez 3DS Outscale et d’autres encore pour faire passer le message haut et fort.

Des initiatives nationales sont en cours pour aider les institutions à comprendre comment orchestrer une révolution numérique selon leurs propres conditions, comment choisir les fournisseurs adaptés. C’est pour beaucoup une question de sensibilisation et de bonne volonté collective.

Chez Scaleway, nous sommes fiers de participer à la construction de l'infrastructure cloud de demain, de fournir ce produit d’une importance vitale pour nos clients et partenaires, nos amis et nos familles, nos concitoyens européens ou du monde entier. Nous le faisons collectivement, de manière responsable, en maitrisant notre consommation d’énergie et en veillant à utiliser des énergies décarbonées. En résumé :  la manière Scaleway.