Chers Cloud Riders,

Comme vous le savez sûrement, nous avons vécu le dimanche 2 juin, un évènement majeur : un incendie s’est déclaré sur la Zone d’Activité du Vert Galant à Saint-Ouen-l’Aumône (parc d’activités regroupant près de 350 entreprises) dans les locaux d’une entreprise voisine de notre datacenter DC5.

La situation est restée critique de longues heures. Aujourd’hui, l’impact sur notre datacenter est relativement mineur, même s’il faudra encore quelques jours pour revenir à un fonctionnement normal.

L’origine de l’incendie n'est pas encore connue pour le moment mais une chose est sûre, l’issue aurait pu être totalement différente.

C’est en fin de matinée qu’une impressionnante explosion a été entendue, suivie d’un départ de feu prenant jusqu’au siège de Cogetrad Industries, entreprise de traitement de déchets industriels située, elle aussi, dans la Zone d’Activité. La combustion des solvants et autres produits traités par l’entreprise a entraîné une rapide amplification du brasier menaçant les entreprises alentours, dont DC5.

Feu d'entrepôt Saint-Ouen-l'Aumône 02/06/2019

[Retour en vidéo : feu d'entrepôt de 5000 m² à Saint-Ouen-l'Aumône] L'intervention est toujours en cours pour la surveillance et l'extinction des foyers résiduels. Le feu a été circonscrit au moyen d'une lance canon et de 9 grosses lances, dont 3 établies sur des échelles aériennes. Merci à tous les services mobilisés, et courage au personnel sur place. Service départemental d'incendie et de secours des Yvelines Pompiers de Paris Préfet du Val-d'Oise Protection Civile du Val d'Oise Croix-Rouge française Police Nationale ainsi que la DRIEE.

Publiée par Sdis 95 - pompiers du Val-d'Oise sur Lundi 3 juin 2019

Il faut comprendre que le fonctionnement des datacenters est relativement bruyant et nécessite un bon approvisionnement énergétique. Pour des raisons évidentes, ils sont généralement cantonnés à des parcs d’activité ou des zones industrielles correctement desservies par les réseaux d’électricité, dont le PLU (Plan Local d’Urbanisme) est favorable à ce type de structure et où les réserves foncières sont importantes.

Ils sont donc exposés aux risques engendrés par les activités des autres industriels implantés dans la même zone.

Exception notable pour DC3, implanté entre une zone résidentielle et un parc naturel protégé.

Nous avions déjà eu une expérience similaire il y a plusieurs années sur le site de DC2, lorsqu'une entreprise voisine spécialisée dans le recyclage de papier, avait subi un incendie. Ce premier incident nous avait permis d'acquérir de l'expérience que nous avions choisi de capitaliser dans des procédures documentaires sous la forme de REX (Retour d’EXpérience).


DC5 est atypique : le refroidissement du datacenter fait appel à des technologies innovantes utilisant massivement l’air extérieur, contrairement aux techniques habituelles par recyclage. Cette spécificité rend le site beaucoup plus sensible que n’importe quel autre datacenter, vis-à-vis des polluants extérieurs et des risques liés aux fumées.

Construit pour cibler les hyperscalers souhaitant « implémenter des régions d’hébergement en France », il s’étend sur 12 000m2 et la puissance électrique disponible atteint 22MW. Sécuriser un tel site par toutes les mesures possibles était donc une évidence pour Arnaud de Bermingham, CEO de Scaleway.

Les premières baies de serveurs de DC5 - source JDN

Un important accent a donc été mis, dès la conception, sur la sécurité du datacenter en utilisant l’expérience accumulée avec les REX de DC2 pour se prémunir des risques, démultipliée par la technique de refroidissement mise en œuvre.

On peut dire que ces mesures d’anticipation ont très bien joué leurs rôles quand on voit que les murs coupe-feu ont tenu près de dix heures.

Lors de l’incident, Laurent Uber, en charge de la conception et de la maintenance de nos datacenters a été directement contacté par le directeur de DC5, lui-même prévenu par l’agent de sécurité SSIAP* qui a sonné l’alerte. En déplacement en Suède, il a coordonné les actions de concert avec Arnaud, arrivé peu après sur place.

« Notre priorité a été de sécuriser l’humain, les biens et matériels. Notre agent de sécurité SSIAP était heureusement sur place. Très concentrés sur les consignes à donner, nous avons, avec Arnaud, ordonné la mise en place du protocole de sécurité : mise à l’arrêt des centrales de traitement de l’air, fermeture des clapets coupe-feu, inhibition des modes free-cooling sur les équipements de climatisation, forçage du mode adiabatique des salles informatiques permettant de refroidir et lessiver l'air potentiellement pollué par les fumées, ouverture forcée des SAS véhicules pompiers, indication des bornes incendies sur site et fermeture de la vanne de sortie du bassin de rétention pour contenir les eaux d'incendiées. Décision a ensuite été prise, en coordination avec les pompiers, de consigner et mettre en sécurité les groupes électrogènes et les réseaux fioul situés à quelques mètres seulement de l’incendie. »

L’étroite collaboration des équipes sur place et du commandant des pompiers a permis de maintenir la continuité opérationnelle du site, d’éviter la coupure de la haute tension et ainsi, de sécuriser DC5.

Informant nos clients en temps réel de la situation avec communication régulière de photos de la situation via Twitter, tout a été mis en œuvre pour faciliter l’accès aux pompiers et leur indiquer les caractéristiques du datacenter et des systèmes d'extinction.

« Les éléments les plus salvateurs ont été le mur coupe-feu de plus de 3 mètres construit en limite de propriété l’été dernier qui a permis de contenir le feu chez notre voisin, ainsi que la voie lourde pompier et les bouches incendie conçues sur DC5. Cette décision d’ingénierie a eu une importance capitale pour préserver le site. Les pompiers ont pu s’attaquer pendant de longues heures au cœur du brasier, à l’abri des flammes et des fumées, protégés par nos murs coupe-feu. Les différents modes de fonctionnement dégradé de nos installations CVC, le sens de la ventilation, réfléchis au moment de la construction pour une prise en main aisée des équipes opérationnelles en cas d’urgence (recyclage et refroidissement adiabatique), ont également permis de repousser les fumées toxiques tentant de pénétrer dans le datacenter. L’ensemble du dispositif s’est montré très efficace »

Le principal risque qui perdure encore aujourd’hui réside dans les substances chimiques contenues dans la fumée. Ce risque est particulièrement présent lorsque celles-ci proviennent de solvants chlorés : « Nous avons pour cela dépêché dès le lendemain matin un organisme spécialisé pour réaliser des prélèvements d'air partout dans le bâtiment afin de déterminer si des fumées toxiques ont infiltré le bâtiment au départ du feu. Le risque est relativement faible car nous avons condamné toutes les entrées d'air relativement tôt. » rassure Laurent Uber, Directeur de la Division Datacenter.

Suite à cet événement, les collaborateurs de DC5 ont été mis au chômage technique, le risque lié à la toxicité des fumées persistant. Ainsi, le support technique local ainsi que les opérations physiques ont étés suspendus quelques jours. Des expertises sont toujours en cours pour mesurer l’impact réel de l’accident.


Couverture : source Grand Paris

*SSIAP : Le SSIAP (Service de Sécurité Incendie et d’Assistance à Personnes) est une formation diplômante obligatoire en France. Le SSIAP regroupe différentes formations concernant les établissements recevant du public (ERP) et les immeubles de grandes hauteurs (IGH).